Les pistes isolées sur Internet : de véritables cours de mixage!

25 octobre 2013

Ah, Internet! C’est fou tout ce qu’on peut y trouver. Il y a en effet des « pistes isolées » tirées directement des bandes maîtresses ou des versions multipistes utilisées dans certains jeux vidéos. On peut donc avoir accès à une partition de batterie, de basse ou à une piste vocale en solo. Incroyable, non? Ces pistes sont de véritables petits cours de mixage pour ceux qui se donnent la peine de les écouter attentivement.

 

 

Ce classique des années ‘80 met en évidence la précision, la puissance et le registre de la voix de Steve Perry. Pas d’Autotune là-dessus mes amis! (Il y a d’ailleurs une note sous le ton à 1:19 : un véritable sacrilège aujourd’hui!) Au mixage, rien de bien spécial : un reverb plutôt chargé de hautes fréquences (reflet des années ‘80) et un écho distorsionné très low mid (probablement un écho à ruban). Il faut dire que si un jour vous avez la chance d’enregistrer quelqu’un avec une voix comme la sienne, vous aurez probablement tendance à la jouer bien discret côté effets, histoire de ne rien bousiller. On remarque aussi qu’il n’y a pas de gate sur la piste de voix, puisqu’on entend des bruits de bouche et des respirations ici et là avant le début des phrases (autre sacrilège!). Les harmonies vocales (et leur effet de modulation, probablement un chorus) sont assurément issues d’une prise parfaite qui fut ensuite recopiée ailleurs dans la chanson. Une histoire de rien aujourd’hui, mais à l’époque, il fallait charcuter le ruban à grands coups de lame de rasoir! 

 

 

 

Da-da-da___ da-da-di-da___! On a ici la chance d’entendre en solo la piste de guitare d’un des plus grands riffs de l’histoire du rock . Pour ceux qui en doutaient, le riff se joue avec les doigts et non avec un pick (un peu de respect pour les classiques je vous prie!). La guitare est placée à gauche pour permettre au B3 de doubler le riff dans le canal de droite. La base de la pièce a été enregistrée «live», comme en témoigne le coulage des autres instruments dans la piste de guitare. Le solo (à 3:01) est pour sa part le fruit d’un overdub, effet inclus.

 

 

 

David Bowie et Freddie Mercury : deux légendes. Ce qui est particulièrement intéressant avec cette piste, c’est le travail des effets sur la voix. Le reverb est très long et un long prédélai est utilisé pour l’éloigner des voix principales. Un effet de modulation est particulièrement perceptible sur la voix de Bowie lorsqu’il n’est pas en voix principale. Cet effet donne certes de la largeur à la voix, mais libère surtout le centre du panorama stéréo pour donner plus de place à la voix de Mercury. Dans le bridge : plus rien, histoire de rapprocher les voix de l’auditeur, puis, réintroduction progressive des effets. À la toute fin de la chanson : aucun effet.

 

 

 

John Bonham : une autre légende. La première chose qu’on remarque en écoutant cette piste, c’est que la batterie a été enregistrée avec deux ou trois micros seulement. En effet, le son est loin d’être aussi découpé que peut l’être celui des albums d’aujourd’hui. Il était hors de questions à l’époque d’allouer la moitié des pistes disponibles uniquement pour la batterie. C’est donc la preuve qu’on peut obtenir un son de batterie puissant en n’utilisant qu’une poignée de micros bien placés et un batteur inspiré. On entend aussi très bien que le pattern de batterie est pratiquement un schuffle. Dernier élément qui ravira sûrement mes amis batteurs : il est à la fois possible de grogner en jouant de la batterie (à partir de 3:50) et de vendre des millions d’albums!

 

 

 

Parlant de millions d’albums, Pyromania : que dire de plus! La première chose qui saute aux yeux c'est le superbe saturation de la voix (chapeau à Mike Shipley) qui vient d'un mélange  de la chaîne utilisée pour enregistrer la voix (préamp, compresseur, etc.) et de saturation de ruban. Un autre élément qui saute aux oreilles, c'est le choix des phrases que Mutt Lang a décidé de doubler. Une superbe production. La partie solo avec ses voix à l'envers est aussi intéressante en version isolée puisqu'elle est plutôt discrète sur la pièce finale. On entend aussi ici et là des coupures d'éditions qui ne seraient plus acceptables aujourd'hui (particulièrement au début de la chanson et à 1:01) et l'utilisation pas très subtile d'Autotune dans les refrains (1:32).

 

 

 

Payphone de Marron 5 est un exemple des techniques de mixage actuelles. D’abord ce qui frappe, c’est la production vocale. Des voix, il y en a beaucoup et toutes sont parfaites. La grande majorité des voix (sinon la totalité) sont chantées par Adam Levine. Les harmonies vocales du refrain sont particulièrement impressionnantes. Autre signe des temps: l’abondance d’ad lib dans les refrains.

Côté effets, on remarque l’emploi d’échos et de reverbs très courts plutôt que de longs reverbs comme dans les extraits précédents. C’est en effet la tendance actuelle de créer l’ambiance et l’espace principalement à partir d’échos ou de reverb très courts plutôt que d’appliquer de longs reverbs directement à la voix. L’écho principal, outre qu’il est filtré et plutôt «lo-fi», est d’ailleurs envoyé dans un reverb, ce qui permet à la fois de reculer l’écho dans l’espace afin de garder la voix principale bien près de l’auditeur.

 

 

Autres extraits dignes de mention : le riff de basse de Whole Lotta Love avec ses quelques fausses notes (qui les avait remarquées?) et sa distorsion, le reverb de type Spring utilisé sur la voix d’Adèle dans Rollin’ in the Deep ou Skyfall et la qualité de l’enregistrement et de la performance de Steve Howe dans Roundabout.  Vous en voulez d'autres? Il y en a plusieurs ici : http://www.youtube.com/user/netmusicdotcom

Vos réactions (2)
Eric Noël 11/01/2014 - 17h07
Je crois que tout ça a beaucoup à voir avec les possibilités qu'offrent les équipements d'aujourd'hui. Il est en effet très facile de coller le rythme sur une grille ou de «réparer» la moindre fausse note. Tout cela apporte de la précision, mais pas nécessairement de l'émotion. Tout est dans le dosage. Rien n'est plus prévisible et ennuyant que la totale perfection!
Avoine Donlatrex 05/12/2013 - 09h21
très intéressant! Je trouve qu'on retrouve ce que je reproche à la majorité des productions 'radio' actuelles: la 'surproduction' des parties vocales fait qu'on perd un peu l'essence originale de l'artiste, et du coup on peut être fortement déçu en découvrant le vrai talent de ces artistes en live..
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