L'indécision est votre pire ennemi!

27 septembre 2013

Le trajet d’une chanson, de sa conception au produit final, est ponctué de décisions. Les méthodes de production d’aujourd’hui permettent et, sans le vouloir, encouragent le report continuel de ces décisions... au détriment de la musique.

Vance Powell (Jack White, Keb’ Mo’, LeAnn Rimes, Kings of Leon,...) est catégorique : « Selon moi, la principale cause de la dégradation de la musique aujourd’hui, c’est que personne ne prends de putain de décisions! »

 

 

 

 

La planification est votre meilleure alliée

On ne le répétera jamais assez : la préproduction est l’élément clé de votre projet. La grande majorité des décisions que vous ou vos partenaires aurez à prendre lors des étapes subséquentes découleront de ce que vous aurez fixé en préprod. Plus votre vision sera claire dès le départ, plus les techniques à utiliser lors de l’enregistrement et du mixage couleront de source.

 

À l’enregistrement : décidez!

Georges Lucas soutenait que « l’option est le pire ennemi de la décision ». Le travail fait en préproduction réduit considérablement le nombre de choix possibles lors de l’enregistrement.  Par exemple, si vous avez décidé d’orienter une pièce dans un style « garage », vous ne choisirez vraisemblablement pas d’installer 12 micros sur la batterie : 2, 3 ou 4 feront l’affaire. Si la chanson dicte de doubler les guitares électriques, vous n’utiliserez peut-être qu’un seul micro par ampli plutôt que 2 ou 3.

 

Même vos choix de micros seront éclairés par vos décisions antérieures. Ne tombez pas dans le piège de placer tout votre arsenal de microphones sur une même source et de reporter votre choix au mixage. Auditionnez les micros et optez dès le départ ceux qui vous donneront le son que vous avez en tête.

 

Dans le cas d’un enregistrement « live en studio », la connaissance du groupe que vous aurez acquise en préprod influencera votre méthode. Par exemple, si vous considérez que le groupe semble assez solide pour faire la chanson en deux ou trois prises, vous aurez peut-être moins besoin d’isoler parfaitement chacun des instruments. Par contre, avec un groupe moins expérimenté, vous viserez peut-être uniquement à obtenir une piste de batterie convenable et à bâtir le reste de l’instrumentation à partir de cette base.

 

Aux overdubs : décidez!

À force d’ajouter des pistes en se disant qu’on va rendre le son plus grand que nature, on obtient généralement l’effet inverse. Passée une certaine limite, la séparation sonore des éléments devient difficile, voire impossible.

 

Le 7e échantillon de kick drum ne le rendra pas plus percutant. De même, l’ajout d’une cinquième piste de guitare stéréo n’aidera pas à rendre le son des guitares gigantesque. Plus flou, certes, mais pas plus gigantesque. La modération est aussi de rigueur avec les synthés et les percussions.

 

De toute façon, si la structure et l’orientation de la chanson sont bien définies, elles dicteront les endroits qui nécessitent un arrangement plus dense. Sachez reconnaître quand vous arrêter. Si une piste ne sert pas la chanson, elle ne sert à rien et ce, même si la performance sur cette piste est extraordinaire (pourquoi est-ce que je pense soudainement à un solo de guitare, moi?).

 

Généralement, une bonne partie des overdubs est consacrée à l’enregistrement de partitions vocales. Bien sûr, la technologie permet aujourd’hui d’enregistrer un nombre infini de prises différentes de la même performance. Par réflexe, on a tendance à tout conserver, juste au cas. On aura ensuite le privilège de passer des heures à rabouter une performance parfaitement juste, parfaitement sur les temps... et parfaitement ennuyeuse!

 

Outre que l’accumulation de prises devient un cauchemar lors de l’édition, elle tue la spontanéité de la chanson. En fait, vous serez tellement assommé par le fardeau de démêler les bonnes prises des mauvaises que vous perdrez inévitablement de vue l’objectif de la pièce. 

 

Lors de l’enregistrement vocal, soyez donc attentif à la prononciation, à la justesse et surtout à l’émotion de la performance. Si une prise vous convient, gardez-la et passez à autre chose; sinon supprimez-la et faites-en une autre. Si seulement un passage de la prise est bon, notez sa position et le texte qu’il contient. Ainsi, lors de l’édition, vous n’aurez pas à vous taper l’écoute complète et à réévaluer chacune des prises pour trouver les meilleurs passages. 

 

Au mixage : décidez!

Bon, vous voilà installé devant les 143 pistes du mixe qui vous a été confié. Avec le café et une bonne dose de patience, les sous-groupes sont vos meilleurs amis! Faites une copie de sureté du projet et foncez!

 

Un orchestre peut facilement devenir un seul « fader » sur votre mixeur si vous envoyez ses composantes dans le même sous-groupe. Les 3 pistes de micros pour chacune des 2 guitares acoustiques (qui finiront l’une à gauche et l’autre à droite de toute façon) peuvent sûrement être rationalisées à un seul micro chacune et assignées à un autre sous-groupe. Les 18 pistes d’harmonies vocales vous supplient de leur créer un sous-groupe!

 

Vous pouvez aussi exporter (« bounce » en anglais) des pistes ensemble. Bien que ce procédé soit plus drastique, il permet de réduire le nombre de pistes. Si cette perspective vous fait peur, devinez quoi : créer vous d’autres sous-groupes!

 

Si vous jugez qu’une piste ne sert pas la chanson, n’hésitez pas à utiliser le bouton « mute » et à la déplacer hors de votre vue. Dans mes projets, j’ai toujours un fichier « leftovers » (traduction libre : reste de table) qui contient toutes les pistes que je ne compte pas utiliser ou qui sont désormais inutiles (les pistes originales qui ont été exportées ou « bouncées », les prises de micros multiples qui ne servent pas,  etc.). 

 

Une fois vos sous-groupes définis et le nombre de pistes diminué, utilisez la fonction de votre DAW pour masquer de votre mixeur les pistes qui sont désormais groupées et ne conservez que vos sous-groupes. Généralement, si vous arrivez à voir tous vos éléments en un seul écran, vous êtes sur la bonne voie. Rappelez-vous que des milliers d’albums ont été réalisés sur des consoles n'ayant que 16 ou 24 pistes.

 

Bref, n’ayez pas peur de prendre des décisions qui vous permettront de ramener la quantité d’éléments à mixer à un nombre plus raisonnable. Vous gagnerez du temps, vous limiterez le traitement nécessaire et le produit final ne s’en portera que mieux.

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