Démarrer son studio MAO partie 4 : étendre vos possibilités

13 décembre 2013

Une fois votre studio MAO en place, vous aurez inévitablement envie d’'étendre ses possibilités. M’appuyant sur l’évolution de mon propre studio au fil des ans, voici quelques suggestions rapides qui, je l’espère, pourront vous servir de pistes dans le développement de votre propre studio.

Ajouter des entrées

Si vous songez à enregistrer plusieurs musiciens en direct, vous sentirez probablement le besoin d’ajouter des entrées. Le saut est généralement plus difficile lorsqu’on veut franchir le cap des 8 entrées. Mais tout cela dépend de votre interface actuelle.

 

Si vous disposez d’entrées line non utilisées, l’ajout d’un ou de plusieurs préamplificateurs externes augmentera le nombre de pistes disponibles.  

 

Si votre interface est déjà utilisée à sa pleine capacité, il y a trois solutions envisageables.  

 

La première est de se procurer une console analogique externe et de regrouper des éléments lors de l’enregistrement afin de ne pas excéder le nombre de pistes disponibles sur votre interface. Par exemple, on pourra prémixer les quatre toms d’une batterie sur une seule piste stéréo et ainsi économiser deux entrées. Évidemment, ce procédé nécessite plus d’attention à l’enregistrement puisqu’on diminue grandement les possibilités d’éditions futures sur les pistes regroupées. Cette solution est donc efficace que si vous n’avez besoin que de quelques pistes additionnelles.

 

Deuxième option : vous choisissez une interface externe ou PCI offrant des connectivités de type ADAT, MADI ou AES/EBU à laquelle vous branchez une console et/ou un module externe compatible. Cette configuration vous offrira le plus de flexibilité et les plus grandes possibilités d’expansion. C’est donc la façon de procéder si vous avez besoin de beaucoup de pistes ou que vous comptez travailler avec beaucoup de hardware analogique.

 

Si 16 entrées vous conviennent et que vous pouvez vivre une vie normale sans trop de processeurs analogiques externes, je vous suggère la simplicité de la dernière option : une console numérique. Les consoles numériques offrent en un seul appareil plusieurs entrées analogiques ainsi que la conversion au format numérique. Il y a bien sûr plusieurs modèles disponibles. Parmi les choix abordables en Amérique, on compte les Mackie Onyx 1620i (8 XLR, 8 line — 950 $, 1079 €) et 1640i (16 XLR 1 600 $, 1769 €). Les Européens seront peut-être plus tentés par la Presonus StudioLive 16.0.02 (12 XLR, 4 line — 1 000 $, 990 €). Toutes ces consoles vous offriront jusqu’à 16 entrées analogiques.

 

Ajouter des microphones

Un élément qui améliorera la qualité de vos enregistrements est votre sélection de microphones. Comme dit Eddie Kramer : « Pour moi, un microphone est l'équivalent de la couleur qu'un peintre choisit à partir de sa palette. »  Élargir votre collection de microphones vous permettra d’avoir accès à ce plus grand éventail de couleur.  

 

Comme je le soulignais dans la capsule sur les types de microphones et dans celle sur la directivité, l’adéquation entre la source à capter et le microphone qu’on utilise est un des éléments essentiels d’un bon enregistrement. Heureusement, la majorité des microphones sont suffisamment polyvalents pour couvrir un bon nombre d’applications.

 

Un des microphones sur lequel il vaut la peine d’investir en premier est celui dédié à l’enregistrement de la voix. Après tout, c’est l’élément que vos auditeurs remarqueront vraisemblablement le plus.

 

J’ai déjà souligné dans la proposition à 5 000 $ que le Electrovoice RE-20 (450 $, 458 €) et le Shure SM7B (349 $, 399 €) étaient d’excellents microphones dynamiques pour la voix. Il convient aussi d’ajouter que le premier est nettement plus polyvalent que le second, un aspect important à considérer lors de l’achat.

 

En ce qui a trait aux larges membranes, le son actuel du Neumann TLM-103 (1100 $, 869 €) ou la chaleur du microphone à lampe Mojave MA-300 (1295 $, 1279 €) sont tous deux d’excellents choix si votre budget vous le permet. Bien que plus cher, le Mojave est particulièrement intéressant en raison de son sélecteur de directivité (cardioïde, omni et figure en 8), un élément à ne pas négliger si vous désirez un microphone plus polyvalent.

 

Les microphones à ruban proposent aussi leur couleur particulière. Incroyablement efficaces pour la guitare électrique, ils excellent aussi sur les cuivres, les instruments acoustiques, les percussions, une voix plus vintage ou en paires comme overhead. 

 

Les Royer R-121 (1295 $, 1377 €) et R-101 (799 €, 889 €) sont évidemment d’excellents choix. Les budgets plus restreints préféreront le Cascade FatHead II (environ 380 $, 280 €). Le Beyer M160 (699 $, 485 €) et sa directivité hypercardioïde est une addition très intéressante pour ceux qui enregistrent beaucoup d’instruments acoustiques à cordes (violons, guitares, contrebasse, etc.).

 

Ajouter des préamplificateurs

Beaucoup d’ingénieurs vous diront que pour obtenir un son plus professionnel, il faut utiliser des préamplificateurs externes. Bien que les préamplificateurs ne soient pas indispensables, il est en effet difficile de nier qu’ils rehaussent la qualité des enregistrements, les rendent généralement plus faciles à intégrer dans le mixe et aident à tirer le plein potentiel de vos microphones.

 

Je crois d’ailleurs qu’une des premières étapes d’expansion est d’acquérir un bon préamplificateur, ne serait-ce que pour l’enregistrement de la voix.

 

Pour quelqu’un qui s’y connait peu, choisir un préamplificateur parmi la panoplie disponible est un véritable cauchemar. Ce qu’il faut retenir, c’est que pour faire le saut, il faut être prêt à y mettre le prix. Pour donner un ordre de grandeur, je vous dirais de prévoir un budget plancher de 500 $ par canal. 

 

Outre votre budget et vos besoins, les éléments suivants sont à considérer lors de l’achat : le nombre de canaux, le type de préamplificateur (à lampe, à transistor ou hybride), la présence ou non de réglages (préamplificateurs seulement ou type Channel strip), le format (module de table, rackmount ou de type lunchbox 500), son usage et bien sûr, le son!

 

Comme pour les microphones, je vous suggère de vous tourner vers des marques établies qui ont fait leur preuve (Chandler, Universal Audio, Avalon, Neve, SSL, API, Summit, etc.). Selon ma propre expérience, il vaut mieux reporter son achat que de se procurer un préamplificateur bon marché dont vous serez déçu des performances. Comme pour les microphones, il faut voir cet achat comme un investissement.

 

En guise d’entrée dans le monde des préamplificateurs, je vous suggère le Universal Audio 710 Twin-Finity (799 $, 679 €) qui est particulièrement polyvalent en raison de ses deux préamplificateurs hybrides. 

 

Les plug-ins et instruments virtuels

« Quoi? Aucun plug-in dans les suggestions? » Et ben non. Je vois au moins deux bonnes raisons d’investir ailleurs que dans les plug-ins lorsque l’on débute en MAO. Un, contrairement aux microphones ou aux préamplificateurs, ils n’ont pratiquement aucune valeur de revente et deux, l’argent que vous y investirez ne sera plus disponible pour d’autres postes plus importants. Il vaut mieux tirer avantage de tout ce qui est déjà inclus dans votre logiciel MAO avant de dénouer votre bourse pour acheter des plug-ins de tierces parties. 

 

À ce propos, je vous suggère aussi de ne pas mettre à jour votre logiciel de MAO (et oui, vous avez bien lu). Toutes les compagnies offrent une nouvelle version de leur logiciel chaque année. Si vous êtes satisfait de ce que vous avez en ce moment, ne le mettez à jour qu’en cas de force majeure (changement d’ordinateur, incompatibilité système, modification importante de votre configuration...). Vous économiserez non seulement de l’argent, mais aussi tout le temps nécessaire pour réapprendre à travailler dans un nouvel environnement. Comme disent les Anglais : « If it ain’t broken, don’t fix it! »

 

Les plug-ins ont leurs défauts, mais ne sont pas sans vertus (voir : Utilisez-vous trop de plug-ins?). Si vous vous orientez vers le mixage ou la production, ils vous permettront d’étendre votre palette sonore.

 

Avec les années, j’ai accumulé bon nombre de plug-ins. Ceux dont je me sers le plus souvent sont soit de marques Waves, Sound Toys ou Slate Digital.

 

Pourquoi Waves plutôt que UAD? D’abord parce que c’est la première série de plug-ins que j’ai utilisée et que je la maîtrise bien. Lorsque Universal Audio a lancé la plateforme UAD, la carte PCI nécessaire ne pouvait s’ajouter au iMac que j’utilisais à l’époque. De plus, lors de l’enregistrement, je n’utilise jamais de plug-ins à l’entrée. L’absence de délai n’était donc pas pour moi un argument très vendeur. Finalement, à moins que vos besoins ne vous entraînent vers l’achat de l’excellente interface Appolo (2000 $,1950 €) qui inclue la plate-forme UAD, les performances des ordinateurs d’aujourd’hui ne justifient plus, à mon avis, l’ajout d’un processeur externe dédié uniquement aux plug-ins. Bref, les deux compagnies offrent des produits d’excellentes qualités, mais mes besoins et mes habitudes m’ont plutôt dirigé vers la gamme de Waves.

 

La série Renaissance, le PAZ Analyzer et le Reverb IR-1se retrouvent pratiquement sur tous mes mixes. C’est donc sans hésiter que je vous suggère le bundle Silver de Waves à titre d’entrée dans le monde du plug-in de tierce partie. Si vous voulez allez plus loin dans cette avenue, je vous propose de passer au bundle Gold qui offre, entre autres, un excellent simulateur d’ampli, la collection V-Series et le H-Delay. La série SSL et les compresseurs CLA sont aussi des valeurs sûres. Soulignons finalement le très efficace Vocal Rider qui simplifie l’automation des pistes de voix et les compresseurs PIE et Puig pour leurs couleurs particulières. 

 

Ne sursautez pas en voyant les prix exorbitants de ces plug-ins. Avec un peu de patience, vous paierez probablement moins de la moitié de ce prix. C’est que Waves a la fâcheuse habitude de faire des soldes... quasi quotidiennement! Ils ont d’ailleurs tellement de difficulté à trouver un nom pour leur solde que ça en devient risible. Je vous conseille donc d’attendre « The Super Saturday February the 15 Total Bundle Blowout Day : 70% off on all bundles! » ou tout autre de leurs sempiternels soldes du même acabit.

 

Deux produits de SoundToys finissent aussi très souvent sur ma grille de montage : EchoBoy, un écho aussi versatile que simple d’utilisation et le Decapitator, un simulateur de saturation analogique qui permet un impressionnant éventail de coloration. Tous deux se vendent 179 $ (environ 135 €) pièce. 

 

Slate Digital se démarque également par ses excellents produits. Trigger a relégué mon Drumagog aux oubliettes et le VTM (un simulateur de magnétophone à ruban) se retrouve souvent sur mon buss de sortie et/ou sur celui de la batterie, des guitares ou de la voix. Tous deux se vendent 179 $ (environ 135 €) pièce. 

 

En ce qui a trait aux instruments virtuels, je ne vois actuellement aucun produit sur le marché qui offre un meilleur rapport qualité/prix que le bundle Komplete (499 $, 479 €) de Native Instruments. Il inclut 33 produits (dont Guitar Rig qui contient une multitude d’effets utilisables sur bien d’autres choses que la guitare). Avec un tel arsenal, vous ne manquerez de rien, même pour vos productions les plus ambitieuses. 

 

Le meilleur investissement possible

En parcourant les forums, je m’étonne toujours de voir l’importance démesurée que plusieurs accordent à l’équipement par rapport à son utilisation. Comme si le fait de faire passer le son par tel ou tel appareil allait, comme par magie, conférer une qualité exceptionnelle à n’importe quelle production. Et tout cela bien sûr en faisant fi du budget et de l’objectif de l’utilisateur.

 

Bien sûr, un bon équipement contribue à la qualité d’une production, mais jamais autant que la façon dont on l’utilise. 

 

Entre vous et moi, si c’est que pour aller faire ses courses, on choisira une Honda d’occase avant une Lamborgini, ne serait-ce que pour l’espace de rangement!

 

Ainsi, si les prix mentionnés ici vous font tourner la tête, ne vous en faites pas trop. L’équipement n’est qu’une des composantes de la production musicale. Investissez plutôt dans vos connaissances afin de tirer le maximum de ce que vous avez déjà. La maîtrise de la prise de son, la compréhension des techniques de mixage et surtout, de bons arrangements et une bonne performance contribueront beaucoup plus à la qualité de vos productions que n’importe quelle pièce d’équipement.

 

C’est pourquoi le meilleur endroit pour investir dans votre studio, c’est sur vous.

 

Je sais, c’est moins glamour que de pouvoir s’étendre sur les spécifications techniques d’une pièce d’équipement ou d’un plug-in, mais c’est tellement plus efficace!

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