Démarrer son studio MAO : les 6 composantes essentielles

22 novembre 2013

Lorsqu’on gambade sur les forums de discussion, une question revient constamment : que dois-je acheter pour me lancer dans l’enregistrement audio ou en MAO? Vaste sujet s’il en est un! J’ai donc décidé de rédiger une série d’articles qui, je l’espère, vous éclaireront sur le sujet. Avant d’offrir des suggestions d’achats, voyons ce dont on a besoin.

 

 

 

 

Les six composantes essentielles d’un studio

 

L’ordinateur

Qui n’a pas un ordinateur à la maison de nos jours? Puisque la production musicale se passe de plus en plus « dans la boîte », la traditionnelle console laisse désormais sa place à l’ordinateur comme centre du studio maison. L’ordinateur est le chef d’orchestre de tout ce que vous y branchez, que ce soit avec de véritables fils ou à l’aide de connexions virtuelles.

 

Si vous débutez en MAO (musique assistée par ordinateur), un ordinateur moyen de gamme peut faire l’affaire. Par « moyen de gamme », j’entends ici un Mac ou un PC, portable ou non, datant de moins de 4 ans et ayant idéalement 4G de mémoire vive (RAM). Gardez toutefois en tête que vous aurez probablement à l’améliorer à mesure que votre studio et vos besoins évolueront.

 

Le logiciel MAO 

Tous les logiciels de MAO sont multiplateformes et fonctionnent sur MAC ou PC à quelques exceptions près (Logic par exemple ne fonctionne que sur Mac et Sonar ne fonctionne que sur PC).

 

La gamme de logiciels disponibles est vaste, ce qui rend la sélection très difficile pour les néophytes. Si vous cherchez conseils sur les forums, vous constaterez rapidement que les recommandations varient d’une personne à l’autre. C’est que la préférence d’un logiciel de MAO par rapport à un autre vient principalement de deux raisons : la loyauté ou la nécessité. Quelqu’un peut être un adepte d’Ableton simplement parce que c’est le premier logiciel de MAO qu’il a approfondi. Un autre aura débuté sur Sonar et migré vers Logic en cours de route parce qu’il est passé d’un ordinateur PC à un MAC.

 

Mais rassurez-vous, tous sont performants et tous vous permettront d’enregistrer, d’éditer et de mixer.
Si vous débutez en MAO, il n’y a donc pas vraiment de mauvais choix de logiciel. D’ailleurs, une version « light » fait très souvent partie du contenu à l’achat d’une interface audio. Donc, votre premier logiciel sera vraisemblablement gratuit.

 

Peu importe le logiciel que vous utiliserez, l’essentiel est que vous preniez le temps d’approfondir son environnement et ses possibilités. Vous pourrez ainsi travailler à l’aise, sans avoir à fouiller constamment dans le manuel.

 

Personnellement, je vous propose de choisir soit Pro Tools, Cubase ou Logic. Pro Tools parce que c’est le logiciel que la plupart des grands studios ont adopté il y a des années; et Cubase ou Logic parce qu’ils sont polyvalents, performants et très bien conçus. Petit bémol sur Pro Tools : l’intégration ultérieure de plug-ins risque d’être plus onéreuse que sous les deux autres plateformes. Pour ma part, je suis très bien servi par Cubase depuis des années.

 

L’interface audio

L’interface audio est l’appareil qui vous permettra de faire le lien entre l’ordinateur et le monde extérieur. Il convertit le son de l’analogique au digital à l’entrée et du digital à l’analogique à la sortie. Outre son important travail de conversion, l’interface vous permet aussi de brancher vos micros, instruments, moniteurs, casques d’écoute, etc.

 

Ici aussi, le choix de modèle est vaste et l’éventail de prix très étendu. Outre le budget dont vous disposez, le nombre d’entrées est probablement le principal point de sélection. Vos objectifs détermineront le nombre d’entrées qui vous sera nécessaire. Pour des enregistrements piste par piste (un instrument à la fois ou une voix et une guitare par exemple), 2 entrées vous seront suffisantes. Si vous comptez enregistrer plusieurs musiciens en live, vos besoins seront plus grands.

 

La connectivité avec l’ordinateur est aussi un facteur. Les interfaces communiquent avec l’ordinateur soit par câble USB, FireWire, Thunderbolt ou par carte PCI. Selon l’ordinateur que vous utiliserez, vous serez à même de rayer de facto quelques-unes des options. Il faut bien sûr vérifier la compatibilité de l’interface avec votre ordinateur et son système d’exploitation.

 

Quand vient le temps d’acheter une interface audio, il est très facile de se perdre dans les détails techniques. Minimalement, votre interface audio devrait avoir : 
• des connexions XLR pour les micros, 
• des entrées de type Line pour les claviers (TRS 1/4),
• au moins une entrée instrument (Hi-Z), 
• l’alimentation phantom power, 
• une sortie de moniteurs, 
• au moins une sortie d’écouteur,
• et idéalement des ports midi.

 

Encore une fois, rassurez-vous. La technologie a évoluée au point où les interfaces bon marché d’aujourd’hui sont supérieures à plusieurs des modèles hors de prix datant d’à peine 5 ans. Choisissez l’interface en fonction de vos besoins et de votre budget et ne vous noyez pas outre mesure dans les caractéristiques techniques. 

 

Les microphones et accessoires

Vous aurez évidemment besoin de microphones pour capter la voix et le son des instruments que vous ne pouvez brancher directement. Si vous débutez, je vous suggère de vous procurer un microphone à large diaphragme et un microphone dynamique. Vous aurez ainsi la possibilité d’adapter votre microphone à la source que vous enregistrez. 

 

Vous aurez aussi besoin de câbles, d’un filtre antivent et de pieds de micro. À vue de nez, ces éléments semblent négligeables, mais il s’agit d’avoir travaillé avec des pieds de micro ou des fils de mauvaise qualité pour comprendre qu’il vaut la peine d’éviter le bas de gamme dans la mesure du possible.

 

D’ailleurs, s’il y a un poste de dépense où il vaut la peine d’investir, c’est bien celui des microphones. L’évolution de votre studio entraînera inévitablement la mise à jour de votre ordinateur, de votre carte de son, de votre logiciel de MAO et peut-être même de vos moniteurs. Pour les microphones, c’est tout à fait l’inverse. Un bon microphone aujourd’hui sera encore un bon microphone dans 20 ans si vous en prenez soin. Il vous servira donc durant toute la vie de votre studio. Évitez le bas de gamme et choisissez des microphones qui ont fait leur preuve : c’est plus cher à l’achat, mais tellement plus rentable à long terme.

 

Avec le temps, vous aurez probablement envie d’ajouter des microphones pour élargir vos possibilités. Dans ce domaine, les erreurs du passé m’ont appris à être prudent. De nouveaux micros naissent chaque jour. Cependant, certains se sont établis au fil des années comme étant des standards de l’industrie et j’aime à croire que ce n’est pas sans raison. J’ai donc tendance à opter pour des microphones reconnus et produits par des compagnies établies que pour des modèles moins chers de marques récentes. Il y a bien sûr de rares exceptions, mais selon mon expérience, il vaut mieux rester dans les classiques. Les microphones semblent en effet être un des domaines de l’audio où l’on en a pour son argent (si vous voyez ce que je veux dire!).

 

Pour plus de renseignements sur les microphones, consultez les tutoriels précédents sur le sujet : http://musiqueprod.com/les-microphones-partie-1-principaux-types-tutoriel,27
http://musiqueprod.com/les-microphones-partie-2-directivite-tutoriel,29

 

Moniteurs et écouteurs

Il vous faut bien sûr quelque chose pour vous entendre. Les moniteurs sont les caisses de son qui vous serviront pour écouter vos enregistrements, les éditer et les mixer. Puisque ce qui sortira de ces moniteurs servira de base à tous vos jugements, il va sans dire qu’ils sont une pièce importante du puzzle.

 

Les moniteurs de studio viennent généralement en deux ou trois voix (nombre de haut-parleurs par moniteur) et sont soit préamplifiés ou pas. La dimension du haut-parleur principal est garante du rendu des basses fréquences et donc, de l’entendu du spectre de fréquences que vous entendrez. 

 

Mille modèles, mille opinions! Encore une fois, rassurez-vous. Vous constaterez rapidement que, dans une même gamme de prix, la préférence d’une marque ou d’une autre devient pratiquement une question de goût. N’achetez surtout pas des moniteurs sans les avoirs entendus au préalable. Apporter 2 ou 3 chansons de styles différents que vous connaissez bien pour comparer les modèles en magasin. Essayez d’identifier ceux qui, à vos oreilles, vous permettent de bien distinguer chacun des instruments et qui révèlent le mieux les nuances dans le son. Bien sûr, ce ne sera pas l’acoustique de votre studio, mais vous aurez quand même une bonne idée de ce qui convient le mieux à vos gouts et à votre budget. 

 

Un peu comme pour le logiciel de MAO, l’important est de bien connaître ses moniteurs. Et pour bien les connaître, il faut y mettre le temps et écouter des tonnes de musique!

 

Si votre pièce est plutôt petite, un subwoofer vous nuira probablement plus qu’il ne vous aidera (croyez-moi sur parole, je suis passé par là!). En effet, il faut une certaine distance et une acoustique adéquate pour que les basses fréquences se développent convenablement. Si le sub n’a pas l’espace pour jouer son rôle, il biaisera le spectre de fréquences à l’écoute et vous n’arriverez pas à juger les basses fréquences correctement. De toute façon, il y a d’autres postes de dépenses tellement plus importants! 

 

Il vous faudra aussi des écouteurs. À l’enregistrement, ils vous serviront pour entendre le playback et votre performance sans causer de boucle (feedback). Au mixage, ils vous seront utiles pour l’édition et apporteront une vision complémentaire à vos moniteurs principaux en ce qui a trait à la balance, au panorama stéréo, au calibrage des effets, etc.

 

Pour l’enregistrement, vous aurez avantage à choisir des écouteurs confortables et relativement étanches pour éviter le coulage (bleed) dans les micros. Au mixage, le coulage n’est plus un problème, vous pourrez donc miser davantage sur la qualité du son. Un peu comme pour les moniteurs, votre choix sera garant de votre budget et de vos préférences. La solution est donc d’en essayer plusieurs.

 

Le traitement acoustique

Pour optimiser votre espace d’écoute et d’enregistrement, vous aurez besoin de matériel acoustique. Évidemment, l’étendue de vos besoins en traitement acoustique est intimement liée à votre environnement et à vos objectifs d’enregistrement.

 

Lorsqu’on consulte des sites dédiés à l’acoustique de studio, on en sort rapidement avec la fausse impression qu’il faut investir des sommes faramineuses pour réussir à avoir une pièce digne d’enregistrer un coup de triangle! Sans dénigrer la valeur d’une bonne acoustique, il ne faut pas en faire une fixation.

 

Il est tout à fait possible d’améliorer l’acoustique de votre studio en utilisant des trucs forts simples. Par exemple, prenez soin de disposer vos moniteurs convenablement (dans un triangle équilatéral en vous assurant que la distance entre chacun des moniteurs et celle entre chacun des moniteurs et le point central où vous serez assis seront égales). Si possible, placez vos moniteurs de manière à ce que le mur le plus éloigné soit derrière vous. N’achetez pas d’ensembles de panneaux acoustiques du type : « solutions idéales pour tous les studios » (une telle chose n’existe pas). Faites plutôt vous-même du matériel acoustique pour couper les réflexions aux endroits stratégiques (je ferai un tutoriel sur ce sujet bientôt). Vous obtiendrez un résultat souvent égal ou supérieur à ces solutions toutes faites, et ce, pour une fraction du prix.

 

À l’enregistrement, des couvertures épaisses et des tapis pourront vous aider à diminuer la réverbération de la pièce et à contrôler les réflexions provenant des murs et du plancher (Frank Filipetti a enregistré une bonne partie de Hourglass de James Taylor en utilisant ce procédé, résultat : un Grammy!). Pour l’enregistrement de voix, il existe également des panneaux absorbants très abordables et très efficaces qui entourent le microphone pour atténuer l’ambiance de la pièce.

 

Dans le prochain article, nous entamerons les propositions d’achats pour les budgets limités à 500 $ (365 €) et 1000 $ (730 €). Suivront ensuite les suggestions pour les budgets de 2000 $ (1460 €) et 5000 $ (3650 €).

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