4 trucs que font les pros et que négligent les amateurs

17 novembre 2016

Si vous êtes dans un groupe et que vous avez enregistré une chanson, un EP ou un album, vous vous demandez peut-être pourquoi votre produit n'a pas la prestance d'une production professionnelle. Est-ce l'enregistrement? Le mixage? Le mastering? Peut-être, mais il y a fort à parier que le problème se situe ailleurs. La question devient alors plus large : qu'est-ce qui différencie une production professionnelle d'une production amateur? Je vous propose ici quatre approches qu'utilisent les pros pour obtenir cette qualité de production tant recherchée. Comme vous le verrez, ces points n'ont pas grand-chose à voir avec le studio utilisé ou la qualité du son.

1. Recourir au service d'un réalisateur

« Ce ne sont pas les poissons qui ont découvert l'eau : ils nagent dedans! »

 

Lorsque l'on fait partie d'un groupe, il est extrêmement difficile de se détacher de sa performance pour apprécier justement le résultat global. Normal étant donné qu'on doit se concentrer sur ce que l'on joue. Un réalisateur n'a pas cette contrainte. Il entendra des choses qui échappent inévitablement aux membres du groupe. De plus, un réalisateur a un regard objectif : il n'a pas d'attachement envers les performances individuelles et concentre son attention sur le résultat final. Il aborde donc la chanson d'une perspective totalement différente.


La principale crainte qu'ont les groupes amateurs vis-à-vis d'un réalisateur est que ce dernier « change complètement nos chansons et bousille notre travail ». Le rôle d'un bon réalisateur n'est pas d'apporter des changements à tout prix ou d'imposer sa vision, c'est de viser à atteindre le plein potentiel d'une chanson. Il guide l'artiste en misant sur les forces d'une chanson et en mettant en lumière les points qui nécessitent plus d'attention. Parfois certaines des modifications proposées ne fonctionneront pas, mais elles généreront d'autres idées, d'autres pistes pour améliorer la chanson. Tout cela est un travail d'équipe. Il va de soi qu'une grande partie de ce travail se fera en préproduction (vous avez prévu une préproduction, right?). C'est à cette étape que ce joue la réussite d'un projet. En résumé si vous travaillez seul et en vase clos, vous vous fermez à tout un univers de possibilités!


Une fois en studio, un réalisateur pourra également suggérer de rehausser les arrangements de certaines parties additionnelles : de pistes de guitares, d'harmonies vocales, de percussions, de synthétiseurs, etc. « Oui, mais il n'y a pas de claviériste dans notre band ».  Sccop : U2 n'a pas de claviériste non plus! Ça ne les a pourtant pas empêchés de faire des chansons comme « Beautiful Day ». Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un enregistrement et une performance « live » sont deux choses bien différentes. Un bon réalisateur est au fait de cette différence et suggèrera des façons d'en tirer pleinement avantage. Il est également au fait des techniques de production en studio et pourra ainsi aider le groupe à atteindre une signature sonore qui les mettra en valeur.

 

2. Utiliser des arrangements simples et efficaces

« Le tout est plus important que ses parties »

 

Un des problèmes les plus courants auquel je suis confronté, c'est une complexité inutile des arrangements. Cette complexité vient généralement du fait que les membres du groupe concentrent leur attention sur leur performance individuelle plutôt que sur la somme de ces performances. Il en résulte inévitablement un manque de cohésion où les performances de chacun relèguent le résultat total au second plan. La principale question qu'il faut se poser c'est : quel est l'élément qui fait avancer la chanson? Est-ce le rythme (With or Without You de U2)? Est-ce les paroles (Halleluïa de Leonard Cohen)? Est-ce le mood (Black Hole Sun de Soundgarden)? Est-ce une phrase mélodique (I got a Feeling de Black Eyed Peas) ? Ensuite on doit se demander quelle est la meilleure façon de supporter et de mettre cet élément en évidence.


Dans le même ordre d'idée, je suis toujours étonné de voir à quel point les membres de groupes amateurs se sentent dans l'obligation de jouer... tout le temps! Imaginez le début d'un classique comme Stairway to Heaven où tous les musiciens auraient ajouté « leur petite contribution ». Note de basse par ci, roulement de cymbale par là, solo de guitare discret... Ça ne marcherait pas n'est-ce pas? Parfois la meilleure façon d'aider une partie de la chanson est... de ne pas y participer!


Une anecdote à ce sujet. Il y a plusieurs années, King Crimson a enregistré un album nommé « Starless and Bible Black ». Sur une piste nommée « Trio », Bill Bruford,  le célèbre batteur du groupe, est resté muet durant l'enregistrement. Il a consciemment pris la décision de ne pas jouer parce qu'il considérait que la batterie n'apporterait non seulement rien de plus à la pièce, mais nuirait à celle-ci. Les autres membres du groupe ont d'ailleurs reconnu l'important apport de sa « non-performance » en le créditant sur l'album de la mention « Admirable restraint » (admirable retenue). Il est également considéré comme auteur de cette chanson au même titre que les autres membres du groupe.


En bref, la performance individuelle ne devrait jamais primer sur l'ensemble.

 

3. Faire avancer la chanson

« Linéaire. : Qui est sans relief, monotone, plat. »

 

Une chanson ne devrait jamais être linéaire, elle devrait toujours progresser. Le deuxième couplet d'une chanson devrait avoir au moins un élément différent du premier couplet. C'est souvent la même chose pour les refrains. Une chanson a aussi très souvent besoin d'un bridge. On changera le rythme, la tonalité, l'instrumentation, la mélodie vocale afin de créer un contraste avec le reste de la chanson. Le bridge, c'est un pas en arrière pour mieux avancé.


Dans le même ordre d'idée que le point précédent, le silence est souvent le meilleur allié du contraste. Par exemple, plutôt que d'avoir deux guitares qui jouent exactement la même partition dans le premier couplet, pourquoi ne pas introduire cette seconde guitare uniquement au refrain? Peut-être serait-il plus approprié de ne pas mettre d'harmonies vocales dans le premier complet et de les conserver pour le second? L'idée, c'est de garder la chanson en mouvement en apportant des variantes qui garderont l'attention de l'auditeur.


Les transitions entre les sections (le passage d'un couplet au refrain par exemple) nécessitent également une grande attention. Parfois elles seront simples, d'autres fois plus élaborées. Le principe est de faire comprendre à l'auditeur que l'on passe à autre chose et de lui signifier que la chanson progresse.

 

4. La chanson, la chanson, la chanson!!!!!

« Pourquoi faites-vous de la musique? »

 

En somme, lorsque l'on fait de la musique, le but est de rejoindre les gens. Selon moi, c'est la différence fondamentale entre un instrumentiste (quelqu'un qui joue un instrument) et un musicien (quelqu'un qui fait de la musique). C'est également ce qui sépare les professionnels des amateurs. Vous devez comprendre que vous ne jouez pas d'un instrument : vous faites de la musique! Si votre but est de prouver à tous et en tout temps que vous êtes le meilleur (insérez votre instrument ici), vous vous trompez carrément d'objectif!


Cela ne veut pas dire que vous deviez constamment jouer sous vos habiletés, cela veut simplement dire que vous devez adapter votre performance pour soutenir la chanson. Si pour faire son travail, la chanson demande que l'auditeur porte attention aux paroles, jouer 183 notes de guitares à la seconde n'est probablement pas le meilleur choix pour mettre en évidence le texte, pas plus qu'une descente de toms en plein milieu d'un couplet ou qu'une ligne de basse exagérément complexe.

 

Le batteur Brandon Khoo a très clairement démontré ce point lors d'une clinique de batterie il y a quelques années. Bien qu'il s'adresse aux batteurs, le concept est valable pour tous les musiciens, peu importe leur instrument. En fin de compte, vous êtes là pour servir la chanson!

 

 

 

 

L'enregistrement, le mixage et le mastering ne sont qu'une partie de la chaîne et, à l'origine de cette chaîne se trouve votre chanson. Une bonne chanson s'enregistre et se mixe bien. À l'inverse, une mauvaise chanson donnera toujours quelque chose de décevant, et ce, malgré la qualité de l'équipement et les plus incroyables prouesses techniques. Croyez-vous vraiment que votre choix de compresseur ou votre ajustement d'EQ sont plus importants que le contenu musical?


C'est à l'étape de la préproduction que la majorité des décisions réellement importantes se prennent. Les pros l'ont compris et s'entourent dès le début d'un projet de personnes qui les aident à matérialiser leur vision. Qu'auraient été les Beatles sans Georges Martin? System of a Down sans Rick Rubin ou Sylvia Massey? Michael Jackson sans Quincy Jones? Bien sûr, soumettre son travail à l'opinion d'autrui nécessite une bonne dose d'humilité, d'ouverture d'esprit et, à la limite, d'abnégation! Mais cette ouverture est définitivement l'un des principaux aspects qui différencient les pros des amateurs.

 

 

 

 

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